Chiasme : une figure de rhétorique à  connaître


Un texte littéraire est qualifié par des constructions qui l’écartent de l’usage, et qui est fait ordinairement de la langue. Ces constructions littéraires se font à base des procédés d’expression appelés  » figure de rhétorique « . Il existe de nombreuses figures de rhétoriques en littérature française. Aujourd’hui, nous aborderons spécialement le chiasme. Quelle définition lui donne-t-on ? Quels sont ses différents types ? Réponses dans cet article.

Définition du chiasme

Étymologiquement, le chiasme provient de l’ancien grec χιασμός (khiasmós), qui signifie « disposition en croix, croisement ». Le mot du grec ancien, est lui-même dérivé de la lettre grecque χ.

Le chiasme est une figure de rhétorique qui consiste à croiser deux termes, à disposer deux termes dans un ordre inversé. Il consiste à disposer deux mots ou groupes de mots, en miroir. Le chiasme fonctionne suivant la structure AB/BA. La construction pourrait être sous la forme de : sujet + verbe / verbe + sujet. Souvent, les deux groupes de mots sont séparés par une virgule ou une conjonction de coordination (mais, où, et, etc.).

Exemples : « Vous êtes aujourd’hui ce qu’autrefois je fus. » (Pierre CORNEILLE, Le Cid, acte I, scène 3).

Dans cet exemple, le chiasme fonctionne sous la forme de : sujet + verbe + c.c de temps / c.c de temps + sujet + verbe.

Autres exemples :

– « Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger. » (MOLIÈRE, L’Avare, acte III, scène 1).

– « Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu. » (HUGO, La Légende des siècles, « Booz endormi »).

– « En cet affront mon père est l’offensé, / Et l’offenseur le père de Chimène ! » (Pierre Corneille).

– Bonnet blanc et blanc bonnet.

Le chiasme est classé dans la catégorie des figures d’opposition. Il permet de renforcer une antithèse ou de mettre l’accent sur la ressemblance entre deux choses. Cette figure de rhétorique permet également, de donner de la sonorité à la phrase. Même s’il ressemble au parallélisme, le chiasme est une figure de rhétorique bien différente du parallélisme. Le parallélisme fonctionne sur la structure AB/AB, tandis que le chiasme fonctionne sur la structure AB/BA.

Exemples :

– Parallélisme : « Vos cheveux lourds sentent d’étranges parfums ».

– Chiasme : « Lourds cheveux / parfums étranges ».

Les différents types de chiasme

Il existe plusieurs types de chiasme, à savoir :

  • Le chiasme grammatical

Le chiasme est dit grammatical, lorsque les termes employés dans la phrase sont de la même nature grammaticale : (adjectif + nom / nom + adjectif) ou (nom + nom / nom + nom).

Exemple : « Lourds cheveux / parfums étranges » (adjectif + nom / nom + adjectif).

« On passe souvent de l’amour à l’ambition, mais on ne revient guère de l’ambition à l’amour » (La Rochefoucauld, Maximes).

  • Le chiasme sémantique

Le chiasme est dit sémantique, lorsque les termes employés sont du même champ sémantique.

Exemple : « Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu. » (Victor Hugo).

Dans cet exemple, « en bas » et « en haut » sont tous du champ sémantique de la localisation.

Autre exemple : « La neige fait au nord ce qu’au sud fait le sable. » (Victor Hugo).

Le chiasme est dit phonétique, lorsque les termes employés ont des sonorités similaires.

Exemple : « Je préfère les assauts des pique-assiettes aux assiettes de Picasso. » (Jean Cocteau).

Les sonorités similaires : assauts / Picasso ; pique-assiettes / assiettes.

  • Le chiasme multiple

Le chiasme est dit multiple, lorsque dans une phrase, on peut identifier deux ou plusieurs chiasmes.

« Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu. » (Victor Hugo).

Dans cet exemple, nous avons un chiasme grammatical : Un roi + chantait + en bas / en haut + mourrait + un dieu (Groupe nominal + verbe + cc de temps / cc de temps + verbe + groupe nominal).

Nous avons également un chiasme sémantique : en bas / en haut (localisation) ; roi / dieu (supérieur).

Les genres concernés

C’est en poésie que cette figure de rhétorique est la plus employée. C’est une figure expressive, qui a été très utilisée par les poètes du Romantisme. On la retrouve également dans les textes religieux.

Exemple : « Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera. » (Évangile selon Mathieu, 10 :39).